Coup de tonnerre dans la division des poids mouches féminins de l’UFC : l’ancienne championne Valentina Shevchenko, l’une des combattantes les plus dominantes de l’histoire de l’organisation, a choisi de renoncer à sa ceinture plutôt que de la conserver le temps de sa convalescence. Une décision qui n’avait rien d’automatique ni d’imposé, et que son entraîneur, Pavel Fedotov, a depuis expliquée en détail.
Une kickboxeuse d’exception devenue légende du MMA
Née le 7 mars 1988 à Bichkek, au Kirghizistan, sous le nom de Valentina Anatolievna Shevchenko, la « Bullet » (Balle) n’a pas attendu le MMA pour se forger une réputation de statut mondial. Avant même de fouler l’octogone, elle s’est imposée comme l’une des plus grandes kickboxeuses et pratiquantes de Muay Thaï de sa génération, avec pas moins de huit titres mondiaux décrochés en compétition IFMA entre 2003 et 2014, représentant tour à tour le Kirghizistan, la Russie puis le Pérou, pays où elle a poursuivi sa formation aux côtés de sa sœur Antonina et de son entraîneur de toujours, Pavel Fedotov.
Passée professionnelle en MMA dès 2003, elle rejoint l’UFC en 2015 et met plusieurs années à s’imposer, notamment freinée par une rivalité mémorable avec l’ancienne double championne Amanda Nunes, contre laquelle elle a livré deux des combats les plus disputés de la carrière de la Brésilienne. Le véritable tournant survient le 8 décembre 2018 : Shevchenko conquiert le tout premier titre des poids mouches de l’histoire de l’UFC face à Joanna Jędrzejczyk, devenant au passage la toute première championne UFC de l’histoire du Kirghizistan.
S’ensuit un règne quasiment sans partage, marqué par des victoires soigneusement documentées face à certaines des meilleures combattantes de la discipline : Jessica Andrade, Jennifer Maia, Katlyn Chookagian, Lauren Murphy ou encore Taila Santos. Ce premier règne prend fin en mars 2023, lorsqu’elle s’incline par soumission face à la Mexicaine Alexa Grasso — sa seule défaite en carrière UFC jusque-là. Fidèle à son statut de grande championne, Shevchenko obtient sa revanche dès septembre de la même année (match nul), avant de reconquérir définitivement son titre en septembre 2024, toujours face à Grasso, par décision unanime. Elle enchaîne ensuite deux nouvelles défenses solides, face à Manon Fiorot en mai 2025, puis face à Weili Zhang en novembre 2025, son tout dernier combat en date.
Au total, la légende kirghizo-péruvienne affiche un bilan professionnel de 26 victoires, 4 défaites et 1 match nul, avec 8 victoires par KO/TKO et 7 par soumission, pour un total de neuf défenses de titre réussies toutes confondues — un record qui la place au quatrième rang de tous les temps en nombre de victoires en combat de championnat à l’UFC, toutes catégories confondues, et qui fait d’elle l’une des championnes les plus dominantes et les plus techniques que la promotion ait jamais connues.
Un combat de titre annulé pour cause de blessure
Valentina « Bullet » Shevchenko devait initialement défendre sa couronne le 3 octobre prochain, à l’occasion de l’UFC 332, face à la Brésilienne Natalia Silva. Mais son entraîneur a révélé les raisons qui ont poussé la Kirghize à renoncer à ce rendez-vous, et plus largement à son titre. « Nous devions combattre le 3 octobre contre Natalia Silva, mais en raison d’une blessure aux ligaments de l’épaule et du dos, nous avons décidé de ne pas forcer les choses et de reporter le combat », a expliqué Fedotov, cité par le canal Telegram Ushatayka.
Le diagnostic s’est ensuite avéré bien plus sérieux qu’un simple report de calendrier : « Étant donné que la convalescence sera longue, nous avons pris la décision de vacater temporairement la ceinture, et une fois rétablie, elle se battra à nouveau pour ce titre », a-t-il ajouté. Selon les informations communiquées par le clan de la championne, sa période d’indisponibilité devrait s’étendre sur environ huit mois.
Un geste honorable de la part d’une championne historique
Ce choix mérite d’être souligné : Shevchenko aurait techniquement pu conserver son titre en attendant sa guérison, l’UFC ayant par le passé accordé ce type de délai à d’autres champions blessés, quitte à créer un titre intérimaire pour faire vivre la division en son absence. Mais plutôt que de bloquer indéfiniment la catégorie, la Kirghize a préféré libérer sa ceinture d’elle-même, une décision saluée comme particulièrement honorable de la part d’une combattante qui aurait pu, comme beaucoup d’autres champions avant elle, s’accrocher le plus longtemps possible à son titre.
Une tendance de fond à l’UFC
Ce geste s’inscrit toutefois dans une tendance plus large de l’UFC ces dernières années : l’organisation a pris l’habitude de demander à ses champions blessés de renoncer directement à leur ceinture plutôt que de la conserver en pause prolongée. Jamahal Hill avait dû s’y résoudre après une rupture du tendon d’Achille, tout comme Jiri Prochazka suite à une blessure à l’épaule — aucun des deux n’ayant, à ce jour, reconquis le titre abandonné dans ces circonstances. Un précédent qui pose légitimement la question de l’avenir de Shevchenko dans la course au titre, une fois son rétablissement complet.
Qui récupère le titre vacant ?
Conséquence directe de cette décision : l’UFC a profité de la diffusion de l’UFC Paris pour annoncer que Natalia Silva et la Chinoise Wang Cong s’affronteront directement pour la ceinture désormais vacante, en tête d’affiche de l’UFC 332, le 3 octobre prochain au Delta Center de Salt Lake City, dans l’Utah. Un rebondissement de dernière minute pour Wang Cong, propulsée directement dans un combat de championnat du monde en lieu et place de Shevchenko.
Compte tenu de la durée d’indisponibilité annoncée pour la Kirghize, la nouvelle championne devra très probablement défendre son titre au moins une fois avant que Shevchenko ne soit en mesure de réclamer une revanche pour sa ceinture.
Une pression accrue sur les autres champions blessés
Cette annonce remet également en lumière la situation d’autres champions actuellement à l’arrêt pour blessure, à commencer par Tom Aspinall chez les poids lourds et Kayla Harrison chez les poids mi-moyens féminins, tous deux inactifs depuis plus longtemps encore que Shevchenko. Une situation qui pourrait, à terme, pousser l’UFC à statuer de façon similaire sur leur propre situation, l’organisation cherchant visiblement à imposer une ligne de conduite plus stricte concernant la durée d’inactivité tolérée pour un champion, quelle que soit sa légende dans le sport.
Ce qu’il faut retenir
Bien que temporaire dans l’intention, la décision de Valentina Shevchenko de renoncer à son titre des poids mouches marque un tournant pour une division qu’elle a longtemps dominée sans partage. Si l’histoire récente de l’UFC incite à la prudence quant à ses chances de reconquérir sa ceinture à son retour, la légende kirghize aura, dans tous les cas, fait le choix de l’élégance sportive plutôt que celui de l’immobilisme pour sa division.






