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Turinabol : le stéroïde qui a secoué le monde du MMA

Peu de substances dopantes ont autant fait parler d’elles dans l’univers du combat libre que le Turinabol. Ce stéroïde anabolisant, longtemps associé aux scandales du sport est-allemand pendant la Guerre froide, a refait surface des décennies plus tard au cœur de l’un des plus gros scandales de dopage de l’histoire de l’UFC : celui de Jon Jones. Entre histoire trouble, mécanismes recherchés par les athlètes, affaire judiciaire et zones grises du système antidopage, retour complet et détaillé sur cette molécule et son rôle dans le MMA.

Qu’est-ce que le Turinabol ?

Le Turinabol, de son nom scientifique chlorodéhydrométhyltestostérone (souvent abrégé CDMT ou OT pour « Oral Turinabol »), est un stéroïde anabolisant androgène de synthèse. Il a été développé dans les années 1960 par le laboratoire pharmaceutique est-allemand Jenapharm, filiale du groupe VEB Jenapharm, dans le contexte particulier de la Guerre froide et de la course aux médailles olympiques entre blocs de l’Est et de l’Ouest.

Le produit est rapidement devenu la pierre angulaire du tristement célèbre « State Plan 14.25 », le programme de dopage systématique mis en place par l’État est-allemand entre les années 1970 et la chute du Mur de Berlin en 1989. Des milliers d’athlètes, souvent mineurs et parfois sans en être pleinement informés, ont reçu du Turinabol dans le cadre de ce programme, dans des disciplines aussi variées que la natation, l’athlétisme ou l’haltérophilie. Ce scandale, révélé au grand jour après la réunification allemande, reste aujourd’hui l’un des exemples les plus documentés de dopage organisé à l’échelle d’un État.

Contrairement à d’autres stéroïdes plus « spectaculaires » en termes de prise de masse rapide et de rétention d’eau, le Turinabol est réputé pour ses effets plus progressifs, plus « secs », et surtout plus difficiles à détecter dans les contrôles antidopage classiques. C’est précisément cette dernière caractéristique qui explique sa popularité persistante, plusieurs décennies après sa création, dans des sports aussi différents que l’athlétisme, le culturisme… et le MMA.

Comment agit le Turinabol dans l’organisme ?

Comme la plupart des stéroïdes anabolisants androgènes, le Turinabol est un dérivé synthétique de la testostérone. Il se fixe sur les récepteurs aux androgènes présents dans les cellules musculaires, ce qui stimule la synthèse des protéines et favorise ainsi le développement de la masse musculaire.

Sa particularité pharmacologique tient à une légère modification de sa structure chimique par rapport à la testostérone naturelle, qui réduit fortement son potentiel de conversion en œstrogènes. Concrètement, cela signifie que les utilisateurs rapportent généralement moins d’effets secondaires liés à la rétention d’eau ou à la gynécomastie que sur d’autres produits, ce qui explique pourquoi ce stéroïde a longtemps eu la réputation d’être « plus propre » sur le plan esthétique — bien qu’il conserve l’ensemble des risques sanitaires propres aux stéroïdes anabolisants (voir plus bas).

Pourquoi le Turinabol est-il particulièrement recherché en MMA ?

Dans le monde du MMA, le Turinabol est particulièrement recherché pour deux raisons principales, souvent évoquées par les observateurs, journalistes spécialisés et anciens combattants :

  • Il favoriserait une prise de masse musculaire maigre et durable, sans rétention d’eau excessive, ce qui est particulièrement recherché dans un sport où l’explosivité, l’endurance et la vitesse comptent autant que la force brute. Un combattant cherche rarement à ressembler à un culturiste : il a besoin de puissance fonctionnelle, pas de volume superflu.
  • Il permettrait de conserver sa puissance musculaire pendant les périodes de weight-cut, cette phase critique et redoutée de la préparation où les combattants perdent parfois plusieurs kilos en quelques jours seulement avant la pesée officielle, notamment par la déshydratation.

Cette seconde propriété est cruciale dans un sport comme le MMA, où les catégories de poids imposent aux athlètes de perdre rapidement du poids avant de reprendre plusieurs kilos entre la pesée et le jour du combat. Lors d’un weight-cut sévère, le corps peut perdre non seulement de l’eau, mais aussi de la force et de la masse musculaire exploitable. Le Turinabol aurait, selon plusieurs experts et journalistes ayant couvert le sujet, la particularité de limiter cette perte de puissance pendant la sèche — un avantage compétitif potentiellement décisif à quelques jours seulement d’un combat de championnat.

Le cas Jon Jones : l’affaire qui a marqué l’UFC

Un premier contrôle positif en 2017

L’exemple le plus emblématique de l’utilisation du Turinabol dans le MMA reste sans conteste celui de Jon Jones, considéré par beaucoup comme l’un des plus grands combattants de l’histoire de l’UFC. L’ancien champion des lourds-légers a été contrôlé positif à cette substance une première fois le 28 juillet 2017, seulement un jour avant son combat très attendu face à Daniel Cormier à l’UFC 214. Ce combat, qu’il avait pourtant remporté sur le plan sportif, lui a finalement été retiré, le résultat étant transformé en « no contest ».

Un second contrôle positif en 2018, et une explication controversée

Un an et demi plus tard, rebelote : le 9 décembre 2018, soit vingt jours avant son combat prévu face à Alexander Gustafsson en main-event de l’UFC 232, Jon Jones est de nouveau contrôlé positif au Turinabol. Comme le rapportait La Sueur à l’époque, la Commission athlétique du Nevada refuse alors de lui délivrer une licence de combat, ce qui contraint l’organisation à déplacer en urgence l’événement de Las Vegas vers Los Angeles, en Californie, où la commission locale se montre plus conciliante.

Fait notable et particulièrement controversé : l’USADA (l’agence antidopage américaine partenaire de l’UFC) ne poursuit finalement pas le combattant pour ce second contrôle positif. Son explication : la présence du Turinabol dans l’organisme de Jones ne serait qu’un simple résidu de sa première prise, datant de plus d’un an et demi auparavant. Une explication qui a suscité l’incompréhension de nombreux observateurs, dans la mesure où les doses détectées étaient extrêmement faibles dans les deux cas — de l’ordre de quelques dizaines de picogrammes seulement, une unité de mesure infinitésimale. Il paraît difficile d’imaginer qu’une trace aussi minime puisse rester détectable aussi longtemps dans l’organisme, d’autant plus lorsqu’on connaît les effets recherchés du produit, qui n’ont d’intérêt que consommés à des doses bien plus significatives.

Une récurrence troublante

Ce qui a le plus interpellé les observateurs et journalistes spécialisés, c’est la récurrence troublante de ces contrôles positifs : à chaque fois, ils sont survenus dans une fenêtre extrêmement rapprochée avant un combat majeur (un jour avant l’UFC 214 en 2017, vingt jours avant l’UFC 232 en 2018), au beau milieu d’une multitude de contrôles négatifs le reste de l’année. Une coïncidence troublante qui a nourri les soupçons d’un usage calculé du produit en toute fin de préparation, plutôt que d’une simple contamination accidentelle ou d’un résidu prolongé, comme l’a suggéré l’USADA.

Le journaliste américain Dave Meltzer, référence dans la couverture des sports de combat, a notamment avancé l’hypothèse que le Turinabol permettrait à un combattant de conserver sa puissance musculaire malgré une perte de poids rapide en fin de préparation — ce qui coïnciderait parfaitement avec le timing des deux contrôles positifs de Jon Jones, situés juste avant deux combats de haut niveau.

Un traitement jugé inégal

D’autres combattants ont connu des sanctions bien plus sévères pour des cas de dopage similaires. Frank Mir et Tom Lawlor, contrôlés positifs dans des circonstances comparables à celles de Jones, ont ainsi écopé de suspensions de deux ans chacun — soit des sanctions bien plus lourdes que celles subies par le champion des lourds-légers. Cette différence de traitement a alimenté un débat de fond sur l’égalité entre combattants au sein du système antidopage de l’UFC, certains estimant que le statut de star de Jon Jones lui aurait permis d’échapper à une sanction plus dure.

Le Turinabol au-delà du cas Jon Jones : un problème plus large dans le MMA

Si l’affaire Jon Jones reste la plus médiatisée, elle est loin d’être un cas isolé dans l’histoire du dopage en MMA. Le sport, qui exige à la fois puissance explosive, endurance et gestion millimétrée du poids, s’est révélé à de nombreuses reprises perméable à l’usage de stéroïdes anabolisants, dont le Turinabol fait partie des plus fréquemment cités par les agences antidopage.

Plusieurs affaires ont d’ailleurs mis en lumière les limites du système actuel : des combattants contrôlés positifs à des substances similaires écopent parfois de sanctions très différentes selon les circonstances invoquées (contamination, complément alimentaire non contrôlé, usage thérapeutique), ce qui nourrit régulièrement les critiques sur le manque de transparence et de cohérence du dispositif antidopage de l’UFC, pourtant confié depuis plusieurs années à une agence spécialisée.

Tableau récapitulatif : le Turinabol en un coup d’œil

AspectDétail
Nom scientifiqueChlorodéhydrométhyltestostérone (CDMT)
CatégorieStéroïde anabolisant androgène de synthèse
OrigineDéveloppé par Jenapharm en Allemagne de l’Est, années 1960
Contexte historiquePierre angulaire du « State Plan 14.25 », programme de dopage d’État est-allemand
Effet recherchéMasse musculaire maigre, préservation de la force en période de sèche
Statut sportifInterdit par l’Agence mondiale antidopage (AMA/WADA) en tout temps
Cas emblématique en MMAJon Jones, positif en juillet 2017 (UFC 214) et décembre 2018 (UFC 232)
Sanction reçue par JonesNon-poursuite en 2018 (résidu supposé), retrait du résultat en 2017
Sanctions comparablesFrank Mir et Tom Lawlor, suspendus deux ans pour des cas similaires
Difficulté de détectionMétabolites détectables très longtemps après la prise, même à très faible dose

Les risques et effets secondaires du Turinabol

Comme tous les stéroïdes anabolisants, le Turinabol n’est pas sans danger pour la santé, malgré sa réputation de produit « plus doux » que d’autres composés. Les autorités sanitaires et sportives associent ce type de substance à plusieurs risques bien documentés :

  • Une toxicité hépatique, le produit étant actif par voie orale et fortement métabolisé par le foie, ce qui peut entraîner des altérations de la fonction hépatique en cas d’usage prolongé
  • Des perturbations hormonales, avec des répercussions possibles sur la production naturelle de testostérone, pouvant entraîner des déséquilibres durables après l’arrêt du produit
  • Des risques cardiovasculaires, notamment une altération du profil lipidique (baisse du bon cholestérol, hausse du mauvais), facteur de risque à long terme pour la santé cardiaque
  • Des effets sur la tension artérielle et le système cardiovasculaire en général, particulièrement chez les sportifs soumis à des efforts intenses
  • Des effets à long terme encore mal évalués sur la santé des athlètes, en particulier en cas d’usage répété sur plusieurs années ou de combinaison avec d’autres substances

C’est notamment pour l’ensemble de ces raisons que le Turinabol, comme la totalité des stéroïdes anabolisants, figure sur la liste des substances interdites de l’Agence mondiale antidopage, aussi bien en compétition qu’en dehors des périodes de compétition — une interdiction totale qui vise justement à éviter les usages calculés en toute fin de préparation, comme ceux suspectés dans l’affaire Jon Jones.

FAQ : tout savoir sur le Turinabol dans le MMA

Qu’est-ce que le Turinabol ?
Le Turinabol est un stéroïde anabolisant androgène de synthèse, développé en Allemagne de l’Est dans les années 1960 et utilisé historiquement dans le cadre du programme de dopage d’État est-allemand.

Pourquoi le Turinabol est-il utilisé en MMA ?
Il est recherché pour ses effets sur la prise de masse musculaire maigre et sa capacité supposée à préserver la force et la puissance pendant les périodes de perte de poids rapide (weight-cut) avant un combat.

Jon Jones a-t-il été suspendu pour Turinabol ?
Contrôlé positif à deux reprises (2017 et 2018), Jon Jones a vu son résultat de 2017 transformé en no contest, mais n’a pas été poursuivi par l’USADA pour le second contrôle, l’agence antidopage ayant estimé qu’il s’agissait d’un résidu de la première prise.

Le Turinabol est-il difficile à détecter ?
Oui, c’est l’une des raisons de sa popularité historique : ses métabolites peuvent rester détectables dans l’organisme longtemps après la prise, même à des doses extrêmement faibles, ce qui complique l’interprétation des résultats de contrôle.

Le Turinabol est-il légal dans le sport ?
Non, il figure sur la liste des substances interdites de l’Agence mondiale antidopage (AMA) en tout temps, et son usage est sanctionné dans la quasi-totalité des fédérations sportives, y compris l’UFC.

Quels autres combattants ont été liés au Turinabol ou à des substances similaires ?
Outre Jon Jones, des combattants comme Frank Mir et Tom Lawlor ont également été contrôlés positifs à des substances similaires, avec des sanctions bien plus sévères (suspensions de deux ans).

D’où vient le Turinabol et pourquoi a-t-il une histoire particulière ?
Il a été développé par le laboratoire est-allemand Jenapharm et utilisé massivement dans le cadre du « State Plan 14.25 », le programme de dopage systématique de l’État est-allemand durant la Guerre froide, l’un des scandales de dopage les mieux documentés de l’histoire du sport.

En résumé

L’affaire Jon Jones a mis en lumière les zones grises du système antidopage du MMA : substances difficiles à détecter, explications parfois surprenantes de la part des agences antidopage, et sanctions inégales selon les combattants. Le Turinabol, produit historiquement associé au dopage d’État est-allemand, reste aujourd’hui un symbole des dérives possibles dans un sport où la préparation physique et le weight-cut jouent un rôle déterminant sur l’issue des combats — et où la transparence du système antidopage continue de faire débat.

Cet article est fourni à titre informatif et journalistique. Il ne constitue en aucun cas un encouragement ou un guide à l’usage de substances dopantes, dont la consommation présente des risques sérieux pour la santé et est sanctionnée par l’ensemble des instances sportives.

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